Cannes, 1980. Akira Kurosawa obtient la Palme d’or pour Kagemusha. Il commente : « Je pense que le cinéma a le même caractère quotidien que la presse. Sinon il n’aurait pas de raison d’être. (…) Il doit refléter son temps, être compris de ses contemporains ». Il signe ici un film historique, une fresque du Japon médiéval ainsi qu’une réflexion sur le pouvoir qui est toujours valable.
Les Takeda sont l’un des clans nippons du 16ème siècle. Son chef, Shingen, rêve d’unifier son pays et d’en prendre le contrôle. Il trouve en la personne d’un prisonnier son sosie et décide de le garder pour le seconder dans les moments délicats. Mais Shingen meurt. Il laisse derrière lui la dure tâche au double, le ‘Kagemusha’, de prendre sa place durant trois ans, le temps de préparer la succession.
Antimilitariste, Kurosawa dépeint et dénonce une guerre futile, cruelle mais fascinante. Profondément humaniste, il s’attache à la psychologie des personnages, à leur identité, et particulièrement à leur désir d’éternité. Il remet également en cause la volonté de pouvoir : cette quête continuelle des hommes qui n’est au final qu’une illusion. Celui qu’on prénommait « l’Empereur » nous offre ici une leçon d’humilité.
Fanny Boulloud