
Depuis quelques années, le cinéma japonais ne cesse de s’affirmer. Cependant, les quelques aperçus que l’on en a en Europe se résument en général à des films d’animation et autres adaptations de mangas. C’est donc avec beaucoup de plaisir mais, il est vrai, aussi un peu d’appréhension que l’on aborde Funuke Show Some Love, you Losers !, le premier long métrage du réalisateur Yoshida Daihachi. A aucun moment on ne regrette le voyage : cette comédie burlesque au goût exotique mérite pleinement sa place à la Semaine de la Critique.
Le titre prête à sourire, et en effet les premières minutes confirment ce côté décalé qui amuse. Libre dans tous les sens du terme, ce nouveau regard du jeune cinéma confronte deux visions d’une société japonaise moderne, mais qui reste attachée à ses traditions. C’est le cas de cette famille « bizarre ».
Suite à la mort tout à la fois tragique et comique de leurs parents, deux sœurs que tout oppose, leur demi-frère et sa nouvelle femme se retrouvent coincés dans leur village d’enfance. Commence alors un drame familial délirant, où se déchirent ces deux jeunes femmes rivales qui ont chacune leur caractère et leurs ambitions, l’une rêvant de devenir actrice à Tokyo et l’autre bercée par des mangas d’horreur. Dans ce climat coloré, parfois à la limite du film d’animation, Yoshida Daihachi mélange habilement amour et haine, fortes émotions et grandes déceptions.
Ces personnages si étranges, et pourtant tellement humains, donnent au film toute son énergie et une dynamique permanente. Le réalisateur, jusqu’alors publicitaire s’impose ici comme un cinéaste à part entière et nous livre une œuvre extravagante, déroutante, mais avant tout attachante.
Clément Petitmangin, Constance Dechelotte
La Toute Jeune Critique