
Ce premier long-métrage, présenté à Un Certain Regard, et réalisé par César Charlone et Enrique Fernandez, nous révèle la chronique des habitants de Melo. Dans ce petit village uruguayen, proche de la frontière brésilienne, les habitants sont persuadés que la halte annoncée de Jean-Paul II dans leur village va leur amener des milliers de pèlerins affamés et assoiffés. Ils se ruinent donc en provisions, chorizos et galettes. Tous commerçants, tous riches demain. L’un d’eux, Beto, songe à construire des toilettes payantes pour écluser les liquides dispensés par d’autres.
L’ouverture du film est du genre documentaire. Les sublimes images de César Charlone (à qui l’on doit la photo de La Cité de Dieu) nous emportent immédiatement dans l’univers du film. Des jeux d’ombres sur les personnes qui pédalent leurs vélos, et le son de respiration en voix-off, nous introduisent ainsi dans l’univers de ces petits gens, dans leurs voyages d’espoir. Ce plan séquence remarquable s’achève avec le passage d’un moteur, révélant des contrebandiers en vélos qui traversent la frontière entre Brésil et Uruguay pour importer des aliments dans leurs villages. Aussi bien pour les contrebandiers que pour les pèlerins, il s’agit d’un voyage vers l’espoir. Dans le village de Melo, « que Dieu a oublié », les villageois préparent des aliments pour lesquels ils investissent toute leur vie, leurs économies pour sortir de la misère.
Le scénario du film se centralise sur l’arrivée du Pape, cet homme « attendu » et « invisible » qui va leur offrir une « vie prospère ». Le personnage de Beto, un fou furieux ayant la rage de réussir, nous emporte dans son délire d’idées ingénieuses. Son jeu si naturel laisse bouche bée.
Sur un mode tragi-comique, le film se construit ainsi sur l’espoir de ces gens, sur une arrivée qui pourrait changer leurs vies. Malheureusement, le message du film est aussi celui-là : « il ne suffit pas seulement de travailler pour gagner de l’argent ». C’est une histoire très touchante, de dignité et de solidarité, mélangeant les grands espoirs d’un peuple qui veut changer son destin, et racontée à la lueur néo-réaliste.
Azra Deniz Okyay