L’an dernier, nous consacrions un numéro spécial de Nisimazine à la Roumanie, pressentant un renouvellement notable des cinéastes de ce pays. La Caméra d’Or attribuée à Corneliu Porumboiu pour 12h08 à l’est de Bucarest confirmait notre intuition. La sélection cette année de deux films roumains en Sélection Officielle (un premier et un second longs-métrages) confirment qu’il ne s’agissait pas là d’une vague sans lendemain. Certes tout n’est pas rose du côté des Carpates. Les récents déboires de Cristi Puiu, l’auteur de La Mort de monsieur Lazarescu voyant son nouveau projet recalé par le Centre du cinéma roumain, révèlent les multiples blocages d’une société postcommuniste.
Pratiquement vingt ans après la Chute du Mur, les mêmes problèmes demeurent : conflits générationnels, système bureaucratique irréformable, financements en berne, etc. Justement, les jeunes cinéastes usent et transcendent ce matériau, comme par exemple le talentueux documentariste bulgare Andrey Paounov avec son The Mosquito Problem. On ressent ici, peut-être plus qu’ailleurs, un besoin impérieux de prendre sa caméra pour dire le monde. Une nouvelle preuve que les deux derniers pays entrants de l’Union Européenne sont autre chose que des terres cinématographiques d’arrière garde, uniquement destinées aux délocalisations de tournages.
Si on ajoute à cela le dynamisme multi-genre du cinéma turc et de sa diaspora (l’enfant rebelle de Hambourg, Fatih Akin, enfin en compétition à Cannes ; le Prix Nobel de Littérature Orhan Pamuk invité en tant que juré ; un cinéaste pointu, Semih Kaplanoglu, présentant le premier volet de sa trilogie à la Quinzaine), on dessine les contours d’une région atypique. Et si, contre toutes attentes, et après les Chines, la Corée du Sud ou l’Argentine, la Mer Noire n’était-elle pas en train d’éclore comme une zone vibrante de l’atlas cinématographique mondial ?
Matthieu Darras


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