Auschwitz appréhendé du point de vue d’un jeune allemand désorienté (Am Ende kommen die Touristen). La visite du Pape dans un village uruguayen comme moteur d’une chronique néoréaliste à bicyclette (El Baño del Papa). Le génocide rwandais évoqué par le biais d’une amitié maléfique et vengeresse (Munyurangabo). L’intervention de l’OTAN au Kosovo, toile de fond d’une bouffonnerie villageoise roumaine (California Dreamin’). Un attentat à la bombe comme pivot de la vie d’une femme madrilène (La Soledad). Concours de circonstances ou résultat d’une ligne éditoriale ? Toujours est-il que la sélection d’Un Certain Regard interroge avec force et bien plus que les autres sections cannoises, la nature des multiples liens possibles entre grande et petite histoire. Du fait même de leur diversité stylistique et d’approche, ces films véhiculent des lectures et des visions très différentes de l’Histoire. Tantôt chaotique, tantôt déterministe, voire cyclique.

Accordant une marge de liberté plus ou moins restreinte à ses principaux protagonistes. Il n’empêche. Aussi soumises soient-elles aux soubresauts de l’Histoire, les petites histoires ont toujours leur place au cinéma. Pour les réalisateurs, se confronter à l’Histoire passe inévitablement par une série d’interrogations : Comment aborder un événement historique par l’outil fictionnel ? Comment donner à voir une communauté de destins à travers des parcours individuels ? Quels enjeux amènent la revisite d’un passé plus ou moins proche ? Toutes ces questions sont évidemment passionnantes.

Ces films, chacun à leur manière, sont nécessaires. A l’heure où le cinéma français non seulement se dépolitise, mais a tendance à vider ses histoires de leur substance historique, ces nouvelles en provenance des quatre coins de la planète tracent des voies à suivre. Pour éviter que Indigènes ne soit l’arbre qui cache le désert.

Matthieu Darras