Célibataire cherche âme sœur, ou au moins un peu de chaleur humaine. J’aime danser, partir en week-end et faire des promenades sur la plage, mais ça fait longtemps que je n’ai pas fait toutes ces choses. En fait, je me contenterais de n’importe qui, brutes et invalides émotionnels compris. Cette année à Cannes, les histoires tristes de cœurs à prendre abondent. Dans Expired, une contractuelle étonnamment passive attache ses espoirs romantiques à un homme agressif et insensible. Dans Parpados Azules, deux âmes en peine se rencontrent pour la seule raison qu’ils n’ont personne d’autre pour soulager leur solitude. Dans La Visite de la Fanfare, la propriétaire d’un restaurant se languit du mari et de la famille qu’elle a toujours remis à plus tard pendant ses jeunes années.

Ces ’anti-comédies romantiques’ présentent des personnages parfaitement ordinaires qui vivent des existences mornes et solitaires. Des gens devant lesquels on pourrait passer dans la rue chaque jour sans remarquer. Cela a quelque chose de rafraichissant, quand on songe aux guimauves romantiques où des bellâtres aux carrières séduisantes se destinent l’un à l’autre, en dépit de tout obstacle.

Comme la solitude est l’une des conditions humaines les mieux partagées, ces histoires franchissent n’importe quelle frontière géographique ou culturelle. En même temps, elles reflètent un malaise particulièrement moderne, une société individualiste où les liens familiaux sont faibles et les relations souvent temporaires. Un monde qui nous a donné le repas individuel devant la télé et les clubs de rencontre par Internet. Dans un sens, ces films nous rassurent en présentant des êtres beaucoup plus solitaires, plus vulnérables, et plus désespérés que nous. Pourtant, ils nous laissent aussi apercevoir des moments qui rassemblent à nos propres expériences. On se reconnaît dans ces rencontres hésitantes et maladroites, qui néanmoins ne manquent pas d’espoir. C’est peut être la raison pour laquelle toutes ces histoires sont à la fois si drôles et si tristement touchantes.

Judy Lister