
Au loin, les gratte-ciels. Plus proche, le boulevard périphérique. Oubliez ce que vous connaissiez de New York, voici la ville d’Alejandro. Dans le troisième long-métrage de Ramin Bahrani, tout est filmé du point de vue de ce jeune adolescent haut comme trois pommes. Dans sa banlieue située en bordure du Queen, Ale est un as de la débrouille : le jour, il répare des voitures dans un ‘chop shop’, véritable centre névralgique du quartier. Le soir, il retrouve sa grande sœur dans leur garage aménagé. Avec elle, pour elle, il collecte dans un bocal les billets qu’il ramène chaque jour, bien décidé à se sortir de cette existence morose. Mais il découvre que la réalité est parfois plus indomptable qu’il n’y parait : sa sœur se prostitue, l’oncle de son ami l’entourloupe en affaires. Le monde extérieur est bruyant, les bruits métalliques se mélangent aux rythmes du hip-hop. Soudain, les limites deviennent infranchissables, le rêve inaccessible : devant le stade de foot ou entre les vieux tacots, Ale parait tout petit.
La force du film tient à Alejandro Polanco, jeune acteur aussi impressionnant que le héros des rues qu’il incarne. Quand la caméra cesse de le suivre, c’est lui qui court après le mouvement. Et pourtant, on regrette que le scénario piétine. Le temps passe lentement, peut-être aussi lentement que les journées d’Ale. La tension est latente mais aucun drame ne se produit. Après une ouverture remarquable, Chop Shop laisse une impression d’inachevé.
Eva John