
Mai 1999. Un groupe de soldats américains de l’OTAN transportent en mission secrète un fret d’équipement militaire à travers la Roumanie et en route vers le Kosovo. Anticipant une mission facile, le capitaine Doug Jones invite ses troupes à se détendre et apprécier le voyage en train. Pourtant tout ne se déroule pas comme prévu lorsqu’ils se trouvent bloqués dans la petite ville de Căpâlniţa. Doiaru, le contrôleur corrompu de la gare, refuse de les laisser passer sans autorisation officielle. La nouvelle de leur arrivée se propage rapidement, et bientôt tous les habitants de Căpâlniţa sont en état d’excitation.
Une galerie de personnages picaresques peuple California Dreamin’ : un maire ambitieux désirant développer le commerce, des ouvriers qui manifestent pour faire valoir leurs droits, des jeunes filles enthousiastes à l’idée de rencontrer des soldats américains… Appartenant à la jeune génération de cinéastes roumains, Cristian Nemescu a réalisé un premier long métrage accompli - malheureusement son dernier. Il est en effet mort dans un accident de voiture pendant le montage de son film. Une fin triste et prématurée, après un début si prometteur.
En mouvement constant entre de nombreux fils narratifs, California Dreamin’ est riche de détails et parsemé de moments un peu surréels (notamment une séquence fantasmée de désir adolescent, brève mais délicieusement drôle). En exploitant les interactions comiques entre les troupes isolées et la communauté locale, Nemescu nous offre un regard divertissant sur la vie provinciale roumaine, même si parfois exagéré dans son excentricité. Il y a pourtant plus de drame qu’il n’en faut pour l’empêcher de tomber dans la parodie. Les personnages principaux sont loin d’être unidimensionnels, grâce aux interprétations subtiles des acteurs Armand Assante et Razvan Vasilescu, bien connus en Roumanie. Le triangle amoureux, entre la fille rebelle de Doiaru, son camarade de classe timide et le sergent américain, permet de recentrer l’histoire sur une situation bancale mais touchante.
Le film critique également la politique étrangère américaine, dont la dimension historique est abordée à travers des flash-back en noir et blanc. Les traumatismes d’enfance de Doiaru à l’époque de la deuxième guerre mondiale, révèlent ainsi ses vraies motivations. Ce que Doiaru explique finalement au capitaine : « J’ai passé ma vie à attendre. J’attends que les Américains viennent… Pour nous sauver des Allemands, des Russes, de Ceausescu. C’est marrant que vous venez maintenant. » La technique est un peu facile, mais le résultat n’est ici ni pompeux, ni simpliste. Alors que les différentes histoires se rejoignent dans un climax délirant et violent (incluant entre autres une coupure générale d’électricité, une explosion, une orgie et une foule furieuse), personne ne sort vainqueur au niveau de la morale.
Jude Lister