
Mais que va donc chercher un jeune Allemand à Auschwitz ? Evocation d’une jeunesse errante, Am Ende Kommen Touristen appuie là où ça fait mal. Là où les traces de l’Histoire, peu à peu, se dissipent. Tel sera le sort de la valise de Krzeminski, survivant d’Auschwitz. Une valise refusée par les conservateurs du musée, tant le temps a effacé toutes empreintes historiques. Abîmée, niée, rejetée, cette valise symbolise ce passé tragique contre lequel il est bien difficile de se battre.
Robert Thalheim, jeune auteur remarqué avec son premier long métrage Tout ira bien (sorti le 16 mai en France), l’histoire d’un jeune loser rêveur et solitaire, s’inscrit dans la lignée du cinéma allemand contemporain, s’emparant de l’histoire germanique avec un regard léger et déculpabilisé. Le réalisateur s’est inspiré de ses années de service civil passées en Pologne pour relater le récit de Sven, jeune Allemand qui a choisi de faire son volontariat à Auschwitz. Errant tant bien que mal dans cette ville où tout est histoire, le voilà confronté au passé de son pays. Il est interloqué par la violence des propos qu’un jeune Polonais lui tient dans un bar : « Hé les gars, l’armée allemande est de retour à Auschwitz ! » L’incident est clos. Sven reste impassible, dissipé par la jeune guide Polonaise Ania. Il se détache de Krzeminski qu’il trouve rébarbatif et pointilleux et semble ébahi lorsqu’il l’entend prononcer une phrase en allemand. Il faudra attendre une rencontre entre le rescapé et des étudiants allemands pour que la réalité historique refasse surface chez ce volontaire. Un jeune questionne le vieillard « A-t-il réellement eu un numéro ? ». Sven ouvre alors les yeux. Il questionne Ania sur la difficulté de vivre au quotidien dans cet endroit où les pires atrocités humaines ont eu lieu. Elle lui rétorque immédiatement : « Et toi, que ressens-tu en tant qu’Allemand ? ».
Sous des abords légers, Am Ende Kommen Touristen provoque et questionne la jeune génération. Ne pas devenir un simple touriste, mais agir en tant que citoyen, conscient de la réalité historique de son pays, tout en se tournant vers l’avenir…Vaste programme pour la jeunesse européenne.
Laure Croiset