Quelque part aux abords de la rivière d’Amazonie : un village isolé. Le vingtième anniversaire de la fête de la fille morte est sur le point d’être célébré. En attente d’une bénédiction, les habitants des villages alentours se succèdent aux pieds d’un mystérieux Saint, un jeune homme qui, il y a longtemps, a accompli un miracle en sauvant la vie de sa mère. Mais la préparation de la fête ne se déroule pas sans encombre et des conflits inattendus surgissent.
Le premier long métrage de Matheus Nachtergaele explore le besoin humain de croire en quelque chose, peu importe que cette croyance soit fondée ou non. Son portrait du jeune Saint et des fidèles qui l’entourent est noir et délibérément empreint d’ironie.
Ce Saint est montré comme un homosexuel efféminé obsédé par l’image que les autres ont de lui. Bien que la plupart des membres de sa communauté aient foi en ses pouvoirs, il est en réalité ‘impuissant’, incapable de mener à bien la moindre tâche, ne serait-ce qu’apporter un verre d’eau à sa tante assoiffée. Malgré tout, son père fait de son mieux pour tirer profit de sa réputation, transformant cette ‘fiesta’ religieuse en spectacle de mauvais goût ; où le kitch tient le haut du pavé. La musique, les rituels et les habits de circonstances sont ainsi affublés de réclames pour telles bières. ’Les temps changent’ déclame l’un des personnages, ‘même les Pentecôtiers ne pensent plus que s’enrichir est un péché’.
Le ton cynique est souligné par le fait que le père partage le lit de son fils – et ce n’est pas là qu’une question de manque d’espace. Cette promiscuité physique, trait comme hérité de la ‘Sainte Famille’, pourrait faire référence à l’iconographie chrétienne, tandis que les motifs de l’inceste et de l’homosexualité viennent s’entrelacer pour former une sorte de symbole de non-reproductibilité, d’égoïsme et de maltraitance consentante. ‘Le jour est une illusion’, chantent-ils. Le silence de la Fille Morte cette année a peu de poids pour eux : la seule chose qui leur importe est de croire en quelque chose, même si c’est un mensonge.
Le style de Nachtergaele tire souvent sur le grotesque et la performance outrancière des acteurs est parfois irritante. Malheureusement, les mêmes défauts viennent s’appliquer à certaines décisions prises quant à la représentation des personnages et au développement de l’intrigue. Cependant, le point de vue ironique du film sur le besoin de croyance des hommes montre qu’A festa da menina morta est tout de même efficace et suscite bien des réflexions.
Mario Kozina